L’Agence spatiale européenne (ESA) vient d’obtenir un budget inédit de 22,1 milliards d’euros pour les trois prochaines années, un montant jamais atteint dans l’histoire de l’organisation. Cette hausse spectaculaire témoigne de la volonté commune des États membres de renforcer l’autonomie spatiale de l’Europe dans un contexte international marqué par une compétition croissante, tant avec les grandes puissances étatiques qu’avec des acteurs privés comme SpaceX. Au-delà de l’annonce financière, ce nouveau cycle budgétaire ouvre une fenêtre d’opportunité particulièrement intéressante pour la relation franco-italienne, les deux pays se positionnant depuis longtemps comme des piliers de l’ambition spatiale européenne.
Ce budget record permet d’abord de consolider les capacités européennes dans des domaines essentiels tels que l’exploration scientifique, l’observation de la Terre, les télécommunications, la navigation ou encore les systèmes de sécurité spatiale. La France, avec son écosystème structuré autour du CNES, d’ArianeGroup ou de Thales Alenia Space, joue un rôle déterminant dans ces domaines. L’Italie, quant à elle, possède une tradition industrielle forte, notamment dans les infrastructures orbitales, la robotique spatiale, les modules pressurisés et l’observation de la Terre. La convergence de ces expertises positionne Paris et Rome comme deux moteurs naturels de l’agenda spatial européen. Dans le domaine des lanceurs, clé de la souveraineté européenne, ce budget devrait soutenir le développement et la consolidation d’Ariane 6 et de Vega-C, deux programmes où les deux pays sont profondément impliqués : la France comme investisseur principal d’Ariane, l’Italie comme architecte central de Vega. Le renforcement budgétaire ouvre la possibilité d’une coordination plus étroite afin de garantir que l’Europe dispose d’un accès autonome et fiable à l’espace, dans un contexte où la concurrence de SpaceX rend cette autonomie encore plus nécessaire.
Cet investissement massif traduit également une réponse stratégique collective aux enjeux géopolitiques actuels. L’espace est devenu un domaine de souveraineté et de sécurité : surveillance climatique, observation militaire, communications sécurisées, suivi des crises. Or la France et l’Italie partagent des intérêts convergents dans ces domaines, qu’il s’agisse de la sécurisation du bassin méditerranéen, du suivi des flux migratoires, de la surveillance maritime ou du contrôle environnemental. Le renforcement des programmes européens pourrait contribuer à développer des projets communs, mêlant les compétences françaises en télédétection et les capacités italiennes en fabrication de satellites. Ces initiatives offriraient une réponse européenne cohérente à des défis transnationaux, dépassant les logiques strictement nationales.
Ce nouvel élan budgétaire pourrait également donner un second souffle aux grandes missions scientifiques de l’ESA, comme les projets d’exploration planétaire, les missions vers Mars ou les lunes de Saturne, ou encore les programmes d’étude climatique. La France et l’Italie ont historiquement collaboré sur plusieurs missions d’exploration et pourraient bénéficier d’une reprise d’ambition, notamment grâce à la place importante qu’occupent leurs institutions dans les programmes scientifiques de l’agence. Cette coopération pourrait également se renforcer dans les centres de recherche, les universités et les laboratoires qui travaillent déjà de manière étroite à la fabrication d’instruments, au développement de technologies embarquées ou à l’analyse des données fournies par les satellites européens.